Forteresse militaire du 13è siècle au coeur des Deux-Sèvres

Le château du Coudray-Salbart, dont il ne reste plus que la seconde enceinte, est un des plus curieux spécimens de la fortification médiévale dans le Poitou (1). La date de sa construction est inconnue et il paraît assez difficile de la déterminer, en l'absence de tout document certain ; mais il est assez vraisemblable d'admettre quelle est du commencement du XIIIe siècle et environ d'un demi-siècle postérieur à celle du donjon de Niort (2). L'influence anglaise qui caractérise celui-ci ne se découvre pas au Coudray-Salbart, qui par contre se rapproche du château de Coucy par certains côtés.

Au XIII siècle, et depuis une époque très reculée, le fief du Coudray-Salbart, paroisse d'Échiré, était tenu par les seigneurs de Parthenay. Il relevait de l'abbaye de Saint-Maixent, ainsi que le prouvent les hommages que ces seigneurs étaient obligés de rendre à l'avénement des nouveaux abbés.

Le 9 septembre 1265, en particulier, Hugues Larchevêque, seigneur de Parthenay et de Vouvent - dominus Partinicia et Volventi - rend hommage à l'abbé de Saint-Maixent pour tous les fiefs qu'il tient de lui, et nous trouvons dans la nomenclature qu'il en donne celui du Coudray-Salbart qu'il écrit : " apud Codreium " (3).

Guillaume de Vezencay, abbé de Saint-Maixent, faisant au prince de Galles et d'Aquitaine l'aveu du temporel de son abbaye, comprend, le 13 décembre 1363, dans l'énumération de ses revenus, la redevance " d'ung homme lige que doit le sire de Parthenay, Guillaume Larchevêque, à cause du chastel du Coudray " (4).

(1) Indépendamment du château du Coudray-Salbart, situé sur le territoire de la commune d'Échiré, on peut citer en Poitou comme constructions militaires du XIIIe siècle ; les châteaux de Gencay, de Bressuire, de Pouzauges et de Vouvent, la Porte-au-Prévôt, à Thouars, et la porte Saint-Jacques de Parthenay.
(2) Le donjon de Niort, que quelques auteurs croient avoir été bati par Richard Cœur de Lion, est plus apparemment l'oeuvre de son père Henri II, mort en 1189. (Cf. Jos. Berthelé, Journal officiel, n° du 25 mai 1890 et Revue poitev. et saint., t. VI, 1890, n° du 15 juin.)
(3) Dom Fonteneau, t. XVI, p. 189 - A. Richard, Cartulaire de l'abbaye de Saint-Maixent, t. II., P. 94. (Archives historiques du Poitou, t. XVII.)
(4) Dom Fonteneau, t. XVI, p. 257. - A. Richard, loc. cit., P. 144.

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Le 12 mars 1440, Arthur de Richemont, autre seigneur de Parthenay, rendant hommage à son tour, presque dans les mêmes termes que son devancier Hugues Larchevêque, cite comme lui, parmi ses fiefs, celui qui se trouvait en un lieu appelé le Coudray (1).

Moins de trois ans plus tard, le 11 janvier 1443, on trouve enfin, dans le recueil des chartes de l'abbaye de Saint-Maixent, la trace d'un nouvel hommage reçu par un religieux qui se qualifie lui-même de " très humble abbé du moutier " (2). Cet aveu de dépendance est le dernier que j'aie rencontré pour le Coudray-Salbart, et si, à cette époque, le château possédait encore sa garnison complète, il est hors de doute qu'il en perdit bientôt la majeure partie. Un inventaire de 1460 a le double mérite de nous faire connaître l'état de dégradation prématurée - suite naturelle des guerres - dans lequel se trouvait alors la forteresse, et de nous donner des renseignements exacts sur les constructions qui sont aujourd'hui complètement disparues. On comprendra qu'à ce dernier titre ce document soit des plus précieux, et je ne saurais mieux faire assurément que de le reproduire ici dans son intégralité (3).

Au Moyen-âge comme de nos jours, l'entrée du château se trouvait au sud-ouest, à l'endroit même où les visiteurs actuels pénètrent dans le verger qui est attenant à la maison du garde. Il fallait préalablement franchir le fossé qui entourait les fortifications :

Devant le pont dormant, dit l'inventaire, est une petite porterie (4) à gauche, et à droite est une petite muraille et un petit appentis, et entre [les] deux est une barrière et un guichet.
Entre le pont-levis et la barrière est un petit pont dormant [celui dont il est question ci-dessus].

On arrivait ensuite dans la basse cour, après avoir passé sous un " portal ", suivi un boulevard et traversé une voûte que l'inventaire décrit ainsi :

Un petit portal avant qu'on soit en la basse cour, duquel les murailles ont [à l'intérieur] 40 pieds de haut et 1 toise de large, et par le dedans 15 pieds de haut.

Entre icelui portal où est le pont-levis [et la basse cour, il y] a un boulevart de 10 toises de long [et] 8 de large, et la muraille du dit boulevart a 35 pieds de haut par dehors et 10 pieds par dedans et 1 toise de large, et [le portal est] carnellé ; les dites murailles de mesmes. Auquel boulevard faut bien des réparations, a 8 toises, chacune de 4 livres, parce qu'elle [la muraille] est de pierre de taille.

A l'entrée de la basse cour, [il y] a une tour emprés la porte, à gauche de 60 pieds de haut, laquelle tour est de mesmes carnellée et voutée par en bas.

De l'autre coté, à droite, [il y] a une autre tour pareille machecollée par [le] haut et tout le portal d'icelui coté machecollé, et à icelle tour a une voute par en bas.

Ont les murailles d'icelui portal... toises et demie de haut et, au dessus [d'] icelui portal [il y] a une chambre de deux toises en carré.

Cette description, sur laquelle je crois devoir m'arrêter un instant, permet de se rendre parfaitement compte du mode d'entrée qui avait été mis en usage au château du Coudray-Salbart. Nous y retrouvons ce que l'on remarque toujours au moyen âge, c'est-à-dire un système de défense combiné pour retarder le plus longtemps possible les efforts de l'assaillant. Un simple coup d'oeil jeté sur le plan du château fera beaucoup mieux comprendre ma pensée. (Voir le dessin page 27 et le plan page 29.)

En A, se trouvait une conciergerie ; le petit " appentis " qui lui faisait face était adossé contre un mur B qui se terminait sans doute au fossé, et, en tout cas, n'allait pas au delà du pont dormant ; enfin, entre les deux, devait être la " barrière " G constituée, selon toute apparence, par un simple mur percé d'une porte, ou par deux murs parallèles |__--| entre lesquels se trouvait le " guichet ". On s'engageait ensuite sur le pont dormant D, puis sur le pont-levis E, et l'on arrivait ainsi au " portal " F qui pouvait être fermé par le redressement du pont-levis et par une porte à doubles vantaux.

Le boulevard, qui venait après, se trouvait sur le prolongement de l'axe du portail. Il était formé à l'ouest par la muraille de dix toises de long, et à l'est par les maçonneries de la tour " machecollée " placée du côté droit " emprés la porte de la basse cour ". Il y a lieu de remarquer les dimensions respectives du portail et de la muraille du boulevard. L'épaisseur est la même -- 1 toise, ce qui était insuffisant pour l'installation d'une herse, --

(1) Dom Fonteneau, t. XVI, p. 313 - A. Richard, loc. cit. P 221.
(2) Dom Fonteneau, t. XXXIX, P. 216.
(3) Prisée de la valeur des terres et seigneuries de Secondigny-Beceleu et Coudray-Salbart, en 1460. (Arch. Nationales.0. 19-712)
Je dois la communication de ce document à M. Ledain qui l'avait déjà utilisé dans son beau travail sur la Gatine historique et monumentale. Je l'en remercie bien sincèrement.
(4) Conciergerie. Les mots entre crochets sont ajoutés pour faciliter l'intelligence du texte. Il suffit de les retrancher pour avoir la teneur de l'original.

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Dans la basse-cour, à gauche, [il y] a un autre pan de mur jusqu'à la tour de Boisbertier, de 50 toises de long, et dehors 40 pieds de haut et dedans 25 pieds et de large 1 toise 1/2. Contre les dites murailles sont les étables en appentis de 16 toises de long. Dont les petits murs du dit pan sont en mauvais état.

En 1a dite basse-cour, [il y] a une maison où est le four et plusieurs logis où se [venaient] retraite les bonnes gens par le temps de la guerre, lesquels logis sont cheus (1).

Bien qu'elles soient fort mal conservées et qu'en certains endroits elles émergent à peine du sol, on peut suivre les murailles du château sur tout le périmètre de la première enceinte et distinguer assez facilement la trace des logis. La chapelle a plus complètement disparu, mais non pas à un tel point qu'il ne soit plus possible de la reconnaître parmi les ronces du terrain, à l'endroit même où l'inventaire le décrit. Des deux tours l'une - celle de droite - a été entièrement rasée. On la devine aux arrachements de la muraille qui rejoint la tour du Moulin, et il se pourrait que l'on dût voir les restes de l'une quelconque de ses assises dans les moellons qui sont situés au niveau du sol, en face de la maison du garde, dans le fossé actuel du château. La tour de gauche se reconnaît encore assez facilement, à quelques traces de muraille.

Un coup d'oeil jeté sur le plan de la page 29 convaincra du peu de solidité que devait présenter la courtine de 50 toises de long qui s'étendait en ligne brisée, depuis la tour de Boisbertier jusqu'à l'entrée de la basse-cour. Il y avait 1à, surtout au saillant, un système de défense tout à fait insuffisant dont la forme du terrain ne permettait pas de se passer. Il est extraordinaire que les architectes du château ne l'aient pas compris et n'y aient pas remédié par la construction d'une tour.

Jusqu'ici les rédacteurs de l'inventaire n'ont pas encore parlé des fortifications de la seconde enceinte, ou du château proprement dit, qu'un très large fossé séparait de la basse-cour. Nous y arrivons avec eux :

Pour entrer de la dite basse-cour [dans le château, il y] a, disent-ils, un pont dormant de bois de 4 toises 1/2 de long. Et [pour monter (2)] sur ce pont, [il y] a une échelle de pierre qui a 8 degrés ; et entre le dit pont dormant et l'entrée du dit chastel [il y] a un pont-levis qui se tire par le dedans à une poulie et une corde. Et se portent les deux ponts sur un pilier de pierre [placé au milieu du fossé].

En l'entrée du dit chastel [il y] a une tour ronde non couverte appelée la tour du portal qui a 70 pieds de haut, et [dans cette tour, il] y a deux voutes, l'une à l'entrée, l'autre par-dessus où est une cheminée, et à droite est la vis pour monter en la dite chambre. Et la dite tour est toute découverte et les crénals cheut et gasté.

Du pont dormant on ne distingue plus la trace; mais les dispositions intérieures de la tour peuvent être parfaitement suivies. La vis qui permettait d'atteindre la chambre placée au-dessus de la voûte est encore intacte, à l'exception de quelques marches. Dans cette chambre, qui prenait jour par une fenêtre pratiquée du côté de la cour du château et par une archère ouverte du côté de la basse-cour, on retrouve, contre la paroi du sud, la cheminée dont il est question dans l'inventaire. Il existait une herse dont la coulisse venait aboutir dans l'embrasure de la fenêtre, et, de l'extérieur, on peut voir encore les traces laissées par la chaîne qui, passant par l'archère, servait à retirer le pont-levis.

Le treuil de la herse était engagé dans les côtés de l'embrasure. Aux évidements circulaires de la pierre on reconnaît facilement la place de ses extrémités. Ce treuil servait encore à remonter le pont-levis, et il est probable que la même corde, en s'enroulant d'un côté et se déroulant de l'autre, permettait la manœuvre simultanée des deux obstacles. Les vantaux de la porte d'entrée étaient solidement unis par une barre qui se logeait de chaque côté dans les parements du couloir. Aucune meurtrière latérale n'était percée dans le passage; mais des entailles, pratiquées de distance en distance, laissent supposer que les défenseurs pouvaient continuer la lutte en se barricadant. Avant de sortir du passage, on rencontre, à gauche, un petit réduit dont l'inventaire parlera plus loin en le qualifiant de prison. Ce réduit, qui doit avoir servi de magasin, pouvait être défendu par une archère ouverte du côté de la basse-cour.

Depuis cette tour [du Portal] jusqu'à la tour du Moulin [il y] a, dit l'inventaire, un pan de mur de 11 toises de long et de 2 toises 1/2 de large tout fait le dit pan à contre mine et [qui] est tout crenelé de mesmes [que la tour]. Et [ce pan] a de hauteur par le dehors 5o pieds et par dedans 25 pieds.
Au coin de ce pan de mur, [il y] a une tour à deux voutes appelée tour du Moulin (3) ayant de hauteur par le dehors, devers

(1) Chut, tombés,
(2) Il y a dans l'inventaire : Et en montant...
(3) Sur la vue que M. Robuchon a prise de la Sèvre (planche 9), la tour du Moulin se voit au premier plan. Elle a, au second plan, à se droite, la tour du Portal, et au premier plan, à sa gauche, la Grosse Tour. On distingue au dernier plan la tour de Saint-Michel entre la Grosse Tour et la tour du Moulin.

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les fossés, VI** pieds (1). Et par dedans du premier étage jusqu'au haut, [il y] a une vis de 66 marches; et par dessus, le pavé de la dite tour contient 4 toises 1/2 de largeur.

Depuis cette tour du Moulin de ce côté jusqu'à la Grosse Tour [il y] a un pan de mur de 17 toises de large et demie, tout contreminé, et [qui a] de hauteur par dehors 60 pieds et par dedans 40 pieds. Lequelles contremines sont toutes à canonnières et arbalétrières (2). Et [il y] a en icelui pan une porte pour issir (3) en la doue, et au droit de la dite poterne [il y] a une [autre] pouterne par dessous toute voûtée qui passe par dessous le dos d'asne pour issir dans la rivière.

Depuis ce pan, au bout du dit pan, est la Grosse Tour du chastel. Et pour monter en icelle jusqu'au premier étage de la dite tour [il y ] a une rampe de 4 toises et demie de long et 4 le large. [La défense du premier étage se compose d'un côté] d'une fenêtre garnie double [et] de l'autre coté [la paroi] est garnie [d'une archère]. Et contient depuis le dit étage de hauteur jusqu'à la voûte 35 pieds (4). Et icelui étage a une cheminée jusqu'au haut de la tour.

Depuis icelui [étage] jusqu'au, haut de la tour, [il y] a une vis pour monter au haut de la tour qui contient 54 marches. Et est la dite tour toute pavée dessus et contient le pavé 10 toises de travers ; [la tour] contenant de hauteur par le dehors VI**X pieds (5) par dedans 100 pieds (6).

Depuis cette tour jusqu'à la tour de Saint-Michel, [il y] a un pan a mur de 8 toises 1/2 de long et de 3 toises de large et le haut par dehors 60 pieds et par dedans 40 pieds, tout contreminé par en bas, et tout ce à main droite (7).

La description qu'on vient de lire est assez complète et assez intelligible pour qu'il n'y ait pas lieu de la commenter bien longuement. On peut remarquer, cependant, que les tours n'avaient pas de toiture, ce qui, sans être nouveau, n'en est pas moins assez rare. Cette particularité se retrouve à Coucy.

Après être arrivés à la tour de Saint-michel, les rédacteurs de l'inventaire reviennent sur leurs pas :

Depuis la tour du portal, disent-il, de l'autre part, à main gauche, en l'entrée du dit portal, à gauche, [il y] a par le dessous (8) une petite prison voutée de 2 toises de long et 1 de large.

Depuis la tour du portal [il y a] un pan de mur de 18 toises de long et de trois de large et de haut : par dehors 60 pieds, et par dedans 25 pieds, tout contreminé et les contremines faites à archères et canonnières défensables par le dedans et par le dehors ; et est le dit pan depuis la tour du portal jusqu'à la tour à Boybertier.

Au bout de ce pan à gauche est 1a tour de Boybertier, voutée à deux voutes. Et [il y a] une cheminée en la premiere des voutes qui est fendue. Et [cette tour] contient de hauteur : par dehors VI** pieds et par dedans 80 pieds. Par le dessus, [elle est] toute pavée de terre, et le dit pavé a 7 toises de long.

Depuis cette tour jusqu'à la Tour Double, [il y] a un pan de mur de 17 toises de long et trois de large, et de haut : par dehors 6o pieds et plus, et par dedans 50 pieds. A l'endroit duquel pan, par dedans, pouvait avoir une salle grande qui est toute cheute et y bien peu d'apparence (9).

Au bout de ce pan est une grosse tour appelée la Tour Double, de 100 pieds de haut et plus et 9 toises de large par le premier étage du bas (10), garnie de deux voutes, l'une dessous et l'autre dessus. Et [il y] a, depuis le dit étage, une autre tour antée en icelle, par dessus (11), voutée d'une voute, et [possédant] un autre étage outre la voute, et [cette seconde tour] contient par le dessus 5 toises de traverse, et peut bien avoir, 50 pieds au dessus de la grosse tour sur quoi elle est assise.

Depuis cette grosse tour, jusqu'à la tour Saint-Michel, [il y] a un pan de mur de 9 toises de long et 3 toises de large et [ayant] : par dedans 100 pieds (12) et par dehors de hauteur 100 pieds. Et [ce pan est] tout contreminé par le bas, comme les autres, à archières et canonnières, [et peut servir] à combattre par dehors et par dedans et à pic de mur. Et sont tous les autres pans ensuivans ainsi contreminés.

Au bout de ce pan est la tour Saint-Michel au milieu de dit chastel, de 110 pieds par dehors et par dedans 80 pieds, laquelle tour est voutée de deux voutes, desquelles celle de dessus est fendue. Et la dite tour a, par dessus, de traverse : 7 toises.

Et toute la muraille du dit chastel, basse cour et boulevart, est toute faite de pierre de taille et de pointe de marteau, et par le dedans et dehors. [Les maçonneries sont] voûtées et contreminées, [à] eschelle et à vis.

De quoi (13) la dite muraille est toute dégarnie et degarlandée (14) par le dessus, et machecoleys et carneaulx (15) par quoi toutes, les voutes des dites tours et contremines, que chet pluie (16), enfondent, et passe l'eau parmy, au très grand préjudice de la dite muraille et tours. Et [il] y faudrait bien pour 1000 livres de réparations (17).

(1) 120 pieds.
(2) La plupart des meurtrières du château de Salbart sont en forme de croix. Il en existe un certain nombre, dans les courtines de l'est qui sont simplement constituées par une fente verticale.
(3) Déboucher.
(4) En d'autres termes, la salle de premier étage a 35 pieds de hauteur.
(5) 130 pieds.
(6) Sur la planche 9, la Grosse Tour est au premier plan, à gauche ; on n'en n'aperçoit qu'une partie. La tour de Saint-Michel est au milieu et la tour Double au dernier plan.
(7) En d'autres termes : n'ayant pas de meurtrières percées du coté de la cour du château.
(8) C'est-à-dire sous le passage.
(9) C'est-à-dire : dont il ne reste que bien peu le chose.
(10) Il faut comprendre : pour la tour principale.
(11) C'est-à-dire : au-dessus de la tour principale.
(12) Celle mesure ne doit pas être exacte.
(13) [En ce moment ?]
(14) Découronnée.
(15) Créneaux.
(16) Sur lesquelles tombe la pluie.
(17) Ces réparations ne furent jamais faites.

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Avant de parler des constructions qui se trouvaient à l'intérieur du château, il me paraît indispensable de compléter l'inventaire sur quelques points et d'indiquer, à propos des courtines et des tours, comment on pouvait passer de celles-ci dans celles-là.

Le chemin de ronde ne pouvait pas être suivi sur tout le périmètre du château. Il était interrompu par les maçonneries de la Grosse Tour et par celles de la tour du Portal et de la tour de Saint-Michel. La gaine - que l'inventaire appelle contremine - prenait naissance de part et d'autre de la tour du Portal et se continuait jusqu'à la Grosse Tour. De cette gaine, on accédait sur le chemin de ronde par des pas-de-souris (1).

Les tours du Moulin et de Boisbertier communiquaient avec le chemin de ronde par une porte du premier étage, mais n'étaient pas traversées par la gaine. Pour se rendre dans les courtines du sud et du nord, il fallait contourner ces deux tours, et les portes a et b, qui permettaient de s'y introduire, sont assez étroites et devaient être assez solidement organisées, pour que la résistance pût se continuer alors même que l'ennemi était déjà maître d'une partie de la place. Les portes du premier étage qui communiquaient avec le chemin de ronde servaient à recueillir les défenseurs placés sur les remparts; elles étaient verrouillées et barricadées lorsque cette besogne était accomplie. Les chemins de ronde qui reliaient les courtines du sud et du nord avec celles de l'ouest n'étaient pas adossés contre les tours, mais tenus à une certaine distance. Le vide qui en résulte ne pouvait avoir pour effet que de permettre aux défenseurs des terrasses de décocher des traits sur les assaillants qui tentaient de forcer les deux portes a et b.

La tour Double et la tour de Saint-Michel avaient une porte qui s'ouvrait sur le chemin de ronde, la première vers l'ouest et la seconde vers le sud. Toutes deux étaient complètement traversées par la gaine, mais les assaillants pouvaient être arrêtés, à l'entrée de la tour de Saint-Michel, du côté de la Grosse Tour, par une porte que renforçait en arrière une herse de quarante centimètres environ de largeur dont le treuil de manoeuvre se trouvait dans la vis qui conduit au premier étage. Cette porte était défendue par une meurtrière horizontale établie au-dessus. Deux portes et un escalier à vis permettaient d'isoler la tour Double ; celle des portes qui s'ouvrait du côté de la tour de Boisbertier pouvait être défendue, du sommet de la tour, par une ouverture ménagée dans la courtine. La tour du Portal n'était pas traversée par la gaine, mais une porte du premier étage s'ouvrait sur le chemin de ronde du côté du nord. La Grosse Tour était complètement isolée.

En résumé, il ressort de ce qui précède que la garnison du château pouvait être recueillie dans les tours comme l'indique le tableau que voici :

Tour du Moulin : Les défenseurs de la gaine et du chemin de ronde, depuis la Grosse Tour jusqu'aux maçonnerie du sud de la tour du Portal.

Tour du Portal et Tour De Boisbertier : Les défenseurs de la partie du chemin de ronde comprise entre la tour Double et les maçonneries du nord de la tour du Portal. Les défenseurs de la gaine ne pouvaient se réfugier que dans la tour Double et la tour de Boisbertier.

Tour Double : Les défenseur de la gaine et du chemin de ronde de la courtine qui reliait la tour Double à la tour de Saint-Michel et à la tour de Boisbertier.

Tour Saint-Michel : Les défenseurs de la gaine et du chemin de ronde de la courtine qui reliait la tour de Saint-Michel à la Grosse Tour. Communication possible entre la tour Double et la tour de Saint-Michel, mais seulement par la gaine de la courtine qui les reliait.

Grosse Tour : Avait une garnison spéciale et ne pouvait recueillir aucun défenseur des murailles.

Indépendamment des ouvertures pratiquées de part et d'autre de la tour du Portal, trois portes, e, f et g, permettaient de passer de la cour du château dans la gaine par les courtines du nord, de l'est et du sud. Elles étaient placées l'une à l'ouest et près de la tour Double, l'autre au sud et près de la tour de Saint-Michel, la troisième enfin, à l'ouest et près de la Grosse Tour. Une quatrième porte traversait la gaine et conduisait dans la tour du Moulin.

On sait de quelle importance était, au moyen âge, cette indépendance des tours que je me suis attaché à faire ressortir. A cette époque, un siège ne se terminait le plus souvent que par un combat corps à corps, et le courage pouvait avoir facilement raison du nombre derrière des fortifications compliquées qui arrêtaient l'ennemi et l'em-

(1) Voir le plan de la page 29. Pour permettre aux défenseurs de la première enceinte de se réfugier dans le château après le relèvement du pont-levis, une porte m, à laquelle on devait accéder par une échelle, avait été ouverte dans l'angle formé par la courtine et les maçonneries du sud de la tour du Portal.

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barrassaient à chaque pas. Une forteresse n'était pas prise parce que les assaillants en avaient forcé l'enceinte ; il leur fallait encore faire le siège de chaque tour et forcer des portes qui étaient toujours bien gardées et solidement défendues. Ils pouvaient même occuper le rez-de-chaussée d'une tour sans que les défenseurs perdissent pour cela de leurs moyens d'action et fussent mis hors d'état de prendre l'offensive. Tout étaient calculé pour une défense pied à pied, et, dans les escaliers étroits qui faisaient communiquer les divers étages, les efforts de l'ennemi ne pouvaient guère avoir que de très médiocres résultats. Il faut ajouter à cela les traits qui étaient quelquefois décochés sur la tête des assaillants par des ouvertures ménagées dans les voûtes, comme on en voit une à la tour de Saint-Michel du château de Salbart. Le manque de projectiles, le feu ou la famine pouvaient donc seuls triompher de l'opiniâtreté d'une garnison résolue, et il n'est pas étonnant que,dans ces temps éloignés, certains sièges se soient prolongés pendant des années. Pour entrer dans le corps de la place, les brèches aux murailles n'étaient d'ailleurs pas faciles à ouvrir. L'artillerie n'existant pas, les assiégeants n'avaient que la ressource de la sape, de la mine ou du bélier, et l'on conçoit quels étaient les périls d'une série de moyens qui ne pouvaient être mis en usage qu'en se placant au pied même des murailles.

Toutes les tours du Coudray-Salbart étant découronnée,, il est bien difficile de savoir si leur sommet était garni de hourds en charpentes. Mais, si l'on considère que les défenseurs placés aux meurtrières ne voyaient pas le pied des maçonneries et que ceux des créneaux ne pouvaient viser qu'en sortant la moitié de leur corps - ce qui les exposait aux traits lancés de bas en haut -, on peut admettre, sans grandes chances d'erreur,qu'il y avait un système continu de hourds, aussi bien à la partie supérieure des tours que sur la muraille des courtines. On sait du reste que les charpentes qui permettaient de les établir pouvaient ne pas exister d'une facon permanente. En temps ordinaire, les couronnements de pierre suffisaient pour parer à quelque surprise ; ce n'est que lorsqu'un siège était à craindre que la défense d'un château se complétait en mettant en oeuvre les bois qui étaient placés en réserve et tenus tout préparés dès le temps de paix.

Les deux figures ci-contre, dont j'emprunte les élements à la Cité de Carcassonne de Viollet-le-Duc (1), permettront de se rendre compte de la façon dont on procédait pour le placement de ces hourds et de la manière dont les défenseurs les utilisaient. Deux séries d'ouvertures parallèles étaient percées dans la muraille à la base des créneaux, comme l'indique la figure 1. Du chemin de ronde, les charpentiers faisaient couler par un trou inférieur une pièce de bois A (fig. 2), et par le trou supérieur une seconde pièce B qui se trouvait de la sorte en bascule au-dessus de la première. L'ouvrier passant ensuite par le créneau se mettait à cheval sur la pièce B (fig. 1) pour assujettir un lien C dont il immobilisait la tète par une cheville. Un potelet D, entré de force par derrière, raidissait tout le système. Posant des plats-bords sur les pièces B, on montait alors des doubles poteaux E entre lesquels on glissait les madriers qui devaient servir de garde antérieure (2). Une toiture était finalement placée au-dessus du tout. De distance en distance, les madriers de la garde antérieure étaient percés de mâchicoulis horizontaux qui permettaient de viser dans le sens des flêches. Des créneaux de pied K, ménagés

(1) Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne. Paris, Morel, 1878, in-8°, p65.
(2) Les hourds furent introduits en France, à la suite des croisades, vers la fin du XIIe siècle. Avant de les placer sur tout le pourtour de l'enceinte, on commença par les localiser sous le nom de moucharabys ou d'échauguettes. Ils constituaient ainsi des encorbellements destinés à servir de logement temporaire à un ou deux hommes de service. Vers le commencement du XIVe siècle, les poutres transversales, qui servaient à supporter les plats-bords, furent remplacées par des corbeaux en pierre de taille et la garde antérieure par un petit mur.

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dans les plats-bords, laissaient aux défenseurs la possibilité parvenu au pied des murailles, sans préjudice des projectiles qui pouvaient être lancés par les meurtrières L du rempart.

La tour Double et la Grosse Tour étaient munies d'un épi triangulaire, sorte d'éperon ou de bec, faisant saillie vers l'extérieur et pouvant être considéré comme la transition logique entre la tour circulaire du XIIè siècle et la tour à saillant de Philon de Byzance, qui finit par devenir le bastion du tracé de Vauban, après une série de transformations successives. Par suite de cette disposition ingénieuse qui donnait plus d'épaisseur a la maçonnerie, l'assiégeant ne pouvait plus s'abriter des défenseurs placés dans les courtines et tenter une brèche au saillaint de la tour.

La tour Double et la Grosse Tour, telles quelles sont aujourd'hui, ont été construites postérieurement aux autres parties du château. On avait tout d'abord bâti, sur leur emplacement, deux tours qui ne devaient différer ni par leur forme, ni par leurs dimensions de la tour de Saint-Michel actuelle. La gaine les traversait aussi bien que celle-ci (1). Quelques années plus tard, on résolut de les remplacer par d'autres de plus fortes proportions; mais, pour que le château ne restait pas ouvert pendant la réédification, il fut décidé que les anciennes tours ne seraient démolies que lorsque les nouvelles auraient acquis une hauteur suffisante pour être à l'abri d'un coup de main. Cette mesure eut naturellement pour effet de noyer la base des tours préexistantes dans les maçonneries des dernières constructions, et ce ne fut qu'à partir du premier étage, c'est-à-dire lorsque celles-ci eurent atteint le chemin de ronde, que l'on put songer à supprimer les parties émergeantes des anciennes tours pour en réemployer les matériaux. Mais, faute de temps ou par manque d'argent, la besogne commencée ne s'acheva pas. Une seule des deux tours fut terminée : celle qui devint le donjon et prit le nom de Grosse Tour ; la construction de l'autre fut interrompue avant la démolition de la tour primitive, et l'on obtint ainsi cette bizarre disposition, tout accidentelle, qui s'appelle aujourd'hui la tour Double. Les salles basses des tours antérieures existent toutes deux. Les archères de l'une - celle qui est à la base de la Grosse Tour - sont restées obturées par plusieurs mètres de maçonneries (2) ; celles de l'autre, au contraire, ont été prolongées, mais dans l'appareillage des embrasures on reconnaît facilement la reprise des travaux. Les archères de la salle du premier étage de la tour Double ne sont obturées qu'à demi.

La théorie qui est émise ici pour la première fois ne repose évidemment pas sur des documents écrits, mais elle ne me paraît pas discutable, et je la résume en disant que dans la pensée du constructeur - celui-là même peut-être à qui l'on doit la porte Saint-Jacques de Parthenay - la tour Double et la Grosse Tour devaient être semblables (3), On peut se demander à quelle époque se produisit cette transformation du château. La réponse est donnée par la forme même des archères. Il n'en est pas qui n'appartiennent au XIIIè siècle. J'essayerai de préciser davantage en un autre endroit (4).

Antérieurement au château du Coudray-Salbart, et sur le même emplacement que lui, se trouvait une autre fortification dont les ruines se voyaient encore en 1460.

A main droite [en entrant par la tour du Portal], au dedans du dit chastel [il y] a dit l'inventaire, une tour et un pan de mur faisant appartenance d'une autre forteresse ancienne ; et à l'encontre d'icelui [avec la tour, il y] a une chambre double garnie d'une cheminée et par dessous un cellier de 5 toises 1/2 de long et 2 de large ; et à l'un des bouts, [il y] a une tour voutée d'une voute (5) ; et à l'autre bout, [il y] a une autre tour voutée et une cheminée dedans; et auprès icelle tour [il y] a une petite chambre et retrait après.
Et en laquelle forteresse est le puits.

Bien que l'inventaire n'en dise rien, il y a lieu de supposer que le plan de mur de cette forteresse ancienne était

(1) La profonde cavité qui existe du côté de la Sèvre, à la base de la Grosse Tour, dans la courtine, appartient sans nul doute à cette gaine primitive.
(2) On pénètre dans cette salle par la plus méridionale des deux courtines de l'est. La porte d'entrée, à demi obturée par des décombres, est placée dans la gaine à l'endroit même où celle-ci vient déboucher dans la cour du château.
(3) M. Berthelé, archiviste départemental à Niort, partage entièrement cette opinion. J'ai eu le plaisir de faire avec lui plusieurs visite au château Salbart, et c'est pendant l'une d'elles que nous sommes tombés d'accords sur ce point.
(4) La nécessité d'isoler, le donjon eut pour effet de déplacer la gaine de la courtine, et c'est alors qu'on la fit déboucher dans la cour. La courtine elle-même a pu être changée de place ou renforcée en quelques endroits : c'est ainsi peut-être qu'une archère fut obturée premier étage de la tour de la tour Saint-Michel. Il se pourrait cependant qu'il n'y ait eu là qu'un défaut de plan.
(5) Sans doute celle dont il vient d'être question.

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perpendiculaire à la courtine de l'ouest, et que les deux tours qu'il réunissait se trouvaient, la première près de la tour du Portal, la seconde près de la tour de Saint-Michel, ou entre celle-ci et la Grosse Tour (1).

En temps de paix, le commandant de la place avait son logement dans la cour du château.

A main gauche [de la tour du Portal, il y] a, disent les auteurs de la visite de 146o, une autre chambre en appentis de 8 toises le long et 2 1/2 de large. Et au bout de cette chambre devers la porte [il y] a un petit retrait d'une toise et demie de large, et à l'autre bout [il y] a une autre petite chambre de 3 toises 1/2 de long et 2 1/2 de large où est une cheminée. Toutes ces chambres sont couvertes, et par devant de la dite chambre, où se tient le capitaine de la dite place, [il y] a un petit vergier de 2 toises sur 1 toise, auxquelles choses et [celles] de l'article précédent [il] faut 38 de réparations.

En 1460, il n'était pas jusqu'aux dépendances du château qui ne fassent privées de leurs habitants ! L'inventaire fait remarquer qu'il y avait " en dehors du chastel, une garenne à conils (2), de 20O pas de longueur et de 100 pas de large, où il n'y a plus de conils, et deux fuies où il n'y a plus de pigeons... ".

En temps de guerre, la place du capitaine était évidemment dans la Grosse Tour dont il devait plus particulièrement occuper le premier étage. La belle salle qui s'y trouve est pourvue de latrines en forme de moucharabys. On a vu plus haut qu'elle possédait une cheminée (3).

Le genre des voûtes est peut-être la seule originalité du château du Coudray-Salbart, mais il y aurait toute une étude à faire pour quiconque voudrait pénétrer dans tous les détails de leur construction. Chaque tour a pour ainsi dire son système particulier.

A la tour de Saint-Michel : une coupole byzantine pure de tout mélange, et, au-dessus, une voûte Plantagenet du premier type à quatre nervures et à assises horizontales.

A la Grosse Tour : une voûte Plantagenet à huit nervures et à assises verticales. (Voir le dessin ci-contre.)

A la tour du Moulin : deux voûtes Plantagenet du second type, à quatre nervures et à assises verticales. (Voir la planche 10.)

A la tour du Portal : une voûte romane en berceau brisé.

A la tour de Boisbertier : une voûte de forme indéfinissable, comparable à un berceau brisé qui irait en se rétrécissant ; au-dessus : une voûte à huit nervures dit type de Coucy. (Voir le dessin page 36.)

Les consoles sur lesquelles viennent aboutir les nervures et les formerets sont en général restées brutes, mais on peut voir à la planche 10 un assez curieux exemple d'un système de décoration dont il a été fait usage quelquefois.

Il peut être intéressant de chercher quel était le nombre d'hommes strictement nécessaire pour la défense du Coudray-Salbart. En prenant pour base le chiffre de 20 hommes, qui a été donné par Viollet-le-Duc pour la

(1) Les mots : " en laquelle forteresse est le puits ", ne peuvent guère s'expliquer que de cette façon. Il n'y eût pas eu à proprement parler de forteresse si le plan de mur avait été parallèle à la courtine de l'ouest.
(2) Lapins.
(3) Parmi les nombreux graffites que des générations de visiteurs ont tracés sur les murs du château il en existe quelques-uns qui témoignent déjà d'une assez respectable antiquité. On en trouve du XVIe siècle, dans la grande salle du premier étage de la Grosse Tour.

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garnison des tours de la cité de Carcassonne (1), et en admettant qu'il suffisait d'un homme pour la garde de cinq mètres courants de muraille, on peut établir approximativement le calcul que voici (2) :

Enceinte : 2 tours 40
Service de la muraille 25
Garde des entrées 5
2me Enceinte : 5 tours 100
Garnison spéciale de la Grosse Tour 30
Service des remparts 20
Officier : A raison de 1 par poste ou par tour 10
_____
230

Il faut remarquer que les défenses de la première enceinte et des courtines de l'ouest ne pouvaient pas se produire simultanément, et que celles-ci n'avaient pas besoin, par conséquent, de recevoir une garnison spéciale.

Il fallait donc 230 hommes, c'est-à-dire un homme environ par mètre courant de l'enceinte, pour composer la garnison proprement dite du château du Coudray-Salbart. Mais on doit encore tenir compte des servants et des ouvriers qui étaient parfois en plus grand nombre que les combattants eux-mêmes, et il ne saurait être exagéré, par conséquent, de porter à 500 hommes le chiffre minimum du personnel qui était nécessaire pour la défense de la forteresse.

Les sorties à l'extérieur pouvaient s'opérer par deux poternes, h et i, placées l'une près de la tour de Saint-Michel, l'autre près de la Grosse Tour. Elle accédaient dans un large fossé sec qui entourait toute la fortification. On a vu plus haut que de cette dernière poterne on descendait dans une galerie qui allait aboutir sur les bords de la Sèvre " en passant par-desous le dos d'âne ".

En 1460, la châtellenie du Coudray-Salbart relevait de la seigneurie de Secondigny et faisait partie de l'apanage de Dunois, qui paraît avoir fait exécuter l'inventaire dont j'ai déjà cité la majeur partie. A l'origine, les receveurs de Secondigny percevaient les revenus de la châtellenie et pourvoyaient à la défense du château. Mais tout avait été changé durant les guerres, et, au XVe siècle, les receveurs ne se préoccupaient plus depuis longtemps de percevoir des revenus qui devaient être intégralement versés entre les mains des capitaines. Ils laissaient à ceux-ci le soin de les recueillir, ne pouvant les empêcher de le faire, et ils se contentaient d'indiquer sur leurs registres, pour la régularité de leurs comptes, que lit recette avait été faite et que la somme reçue avait été dépensée " pour don fait au capitaine ". Ainsi rendus indépendants, les capitaines en avaient naturellement profité pour modifier à leur guise les revenus du château qui étaient aussi les leurs. Si bien qu'à l'arrivée de Dunois, qui y mit bon ordre en faisant procéder à une nouvelle estimation, les revenus, que les receveurs de Secondigny continuaient à inscrire consciencieusement sur leurs registres d'après les anciens tarifs, étaient complètement différents de ceux qui avaient été perçus jusque-là par les commandants du château.

Vu de l'intérieur et plus particulièrement du côté de l'est, le château du Coudray-Salbart présente encore une masse imposante de maçonnerie dont le pittoresque est accru par les végétations, qui en recouvrent le sommet. Malheureusement l'intérieur est bien loin de répondre à l'idée première qu'on s'en fait du dehors. D'une façon générale, la

(1) Viollet-le-Duc, loc. Cit., p. 74.
(2) La Défense extérieure devait surtout se produire par les terrasses et le chemin de ronde. On ne rencontre que trois archères dans la partie de la gaine comprise entre la tour du Portal et la tour du Moulin, et il n'en existait pas plus de quatre entre la tour du Moulin et la Grosse Tour. Les tours ne comprennent guère plus de trois ou quatre meurtrières par étage.

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construction du château paraît avoir été faite sans soin et sans plan défini, comme sous la menace d'un danger immédiat. On ne trouve aucune symétrie dans l'ensemble ; la courtine méridionale est brisée sans raison apparente, et l'appareillage des voûtes est surtout si mauvais en de certains endroits, qu'on s'arrête tout surpris de les voir debout.

Le silence presque complet de l'histoire autoriserait à faire croire que le château du Coudray-Salbart n'a jamais été l'objet d'une attaque sérieuse ou d'un siège important. Les documents écrits, connus jusqu'ici, ont toutefois conservé quelques indications qui, malgré leur insuffisance, ne doivent pas être négligées. Son origine antique n'est pas douteuse. Ainsi que l'a fait remarquer M. Alfred Richard, il a dû positivement succéder à la villa de Milon donnée à Saint-Maixent par le roi Clovis, à l'époque de la bataille de Vouillé. Milon, aujourd'hui Milan, est une ferme qui existe encore au pied du château, sur la Sèvre, et qui portait aussi le nom de Saint-Maixent en 1631. Le mont de Milon, mentionné dans l'aveu du fief d'Echiré de 1768, n'est probablement pas autre chose que la colline sur laquelle est bâti le château. Ainsi s'expliquerait la dépendance féodale dont il a été question au commencement de cette notice. Usurpée par quelque noble franc, peut-être appelé Salbart, la villa de Milon passa à une époque indéterminée entre les mains des seigneurs de Parthenay et devint une chatellenie sur laquelle l'abbaye de Saint-Maixent ne réussit à conserver qu'un droit de suzeraineté (1).

Le château du Coudray, castellum de Codreio, ainsi qu'on le designait alors, appartenait donc, dès le XIIe siècle, aux Larchevêque, seigneurs de Parthenay. Faut-il leur attribuer la construction de cette première forteresse, dont les restes subsistaient encore en 1460 ? On ne serait l'affirmer, parce que l'on ignore à quelle date précise ils devinrent les maîtres du lieu. Il est possible qu'elle ne remontant guère au delà du XIe siècle et qu'elle remplacé quelque fort carlovingien (2). Ce qui est hors de doute, c'est que la construction du château Salbart, dont nous admirons aujourd'hui les ruines, est due aux soins des seigneurs de Parthenay, et qu'elle date, comme je l'ai dit plus haut, du premier quart du XIIIe siècle. On sait en effet que les rois d'Angleterre Jean sans Terre et Henri III leur fournirent des subsides, notamment en 1202 et 1227, pour fortifier leurs places (3). C'était aussi l'époque où les rois de France et d'Angleterre se disputaient la possession du Poitou et de la Saintonge. Les seigneurs, soutenant alternativement la cause de l'un ou de l'autre, suivant leurs intérêts, rie songeaient qu'à augmenter leurs moyens de défense. Cette période guerrière a certainement donné naissance à la plupart des carreaux forts de l'ouest.

Le Coudray-Salbart servit de quartier général à Guillaume Larchevêque, seigneur de Parthenay, en 1219 et 1220, alors qu'il lançait sur les campagnes de Niort des bandes de pillards qui y répandirent la terreur et la désolation. Il prétendait ainsi se faire payer de force par les bourgeois niortais de certaines sommes que lui devait le roi d'Angleterre, et il ne fallut rien moins que l'excommunication, lancée sur les instantes prières des victimes, pour faire lâcher prise à l'auteur de ces brigandages.

En 1260, cri rencontre le nom d'un châtelain du Coudray, nommé P. Thibaud. En 1358, il y avait dans le château une garnison sous l'autorité du seigneur de Parthenay et de Boucicaut, lieutenants généraux du roi de France en Poitou. Un chevalier du voisinage, Moreau de Magné, en faisait partie. On ignore si le château fut pris par Duguesclin et le duc de Berry lors de leur campagne de 1372 ; mais le seigneur de Parthenay ayant fait ,sa soumission au roi de France au mois de décembre, il aurait bien pu être attaqué par les Anglais de la garnison de Niort, qui rie fut expulsée qu'en 1373. Plus tard, en 1415, le comte de Richemont s'empara de Salbart sur le seigneur de Parthenay, déclaré rebelle au roi.

Le Coudray-Salbart reçut en 1420 un prisonnier illustre, le duc Jean V de Bretagne, enlevé traîtreusement par les Penthièvre. En 1429, Richemont, seigneur de Parthenay, y entretenait un capitaine nommé Yvon Denis. En 1457, c'était Arthur Brécart qui y commandait pour le compte du même seigneur. L'état de délabrement dans lequel se trouvait le château en 1460 n'était cependant pas tel que celui-ci fût hors de service. En effet, en 1465, Louis XI, qui l'avait momentanément confisqué sur Dunois, seigneur de Parthenay, le fit occuper par une garnison pendant les troubles de la Ligue du Bien public. Louis Chasteigner de Malvant figure parmi les gens d'armes de cette garnison. En 1487, Charles VIII en confia la gare à Jacques de Beaumont. Plus tard, en 1542,

(1) Cf. A: Richard, Etude critique sur les origines du monastère de Saint-Maixent. Saint Maixent, 1880, in-8°,p.41 à 45.
(2) On a dit que les premiers travaux de défense construits sur les emplacements actuels du donjon de Niort et du château du Coudray-Salbart avaient eu pour but de défendre le cours de la Sèvre contre les incursions des pirates normands. Sans être indubitable cette attribution n'a rien d'impossible non plus.
(3) C'est ici le lieu de se demander si la construction du château Salbart ne date pas très exactement de l'année 1202 ? La Tour Double et la Grosse Tour auraient pu être bâties 25 ans plus tard, lorsque de nouveaux et très importants subsides furent accordés aux seigneurs de Parthenay.

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Jean Chasteigner, dit Réaumur, exerçait les fonctions de capitaine du Coudray-Salbart ; mais le château devait être dès lors presque abandonné, et il n'en est jamais question durant les guerres de religion.

En 1607, les revenus de la châtelleriie étaient affermés 350 livres. Devenu propriété des La Meilleraye en 164l, le Coudray-Salbart passa à la Couronne en 1694, fut vendu en 1705 à Claude Chyrot, chevaliers seigneur du Coudreau, moyennant la somme de 9,000 livres et les 2 sous par livre, et retourna aux La Meilleraye en 1710. Enfin, le comte d'Artois acquéreur, en 1776, de tous les anciens domaines des Parthenay, vendit le château Salbart à la famille Dufay de La Taillée, dont un représentant et héritier, M. Du Dresnay, maire d'Échiré, le possède aujourd'hui.

Le château du Coudray-Salbart a sa légende. Elle veut qu'il ait été construit par Mélusine, et que, dans une seule nuit, la fée des Lusignan ait transporté, dans son tablier les différentes tours qui le composent. La légende des pierres de Vouillé se rattache à celle de Salbart. Surprise par le jour, au moment où elle tenait dans sa " dorne " et sous ses bras trois grosses pierres destinées à la forteresse qu'elle était en train de batir, Mélusine disparut en laissant tomber son fardeau (1). Les blocs abandonnés allèrent s'enfoncer dans le sol de la plaine, là où ils sont restés jusqu'à nos jours, non loin du chemin de Vouillé à Prahecq et de la ferme de Blanzay (2).

Juin 1890

LIEUTENANT Em. ESPERANDIEU,
Correspondant du Ministère de l'Instruction Publique
Officier de l'Instruction Publique

(1) Léo Desaivre. Le mythe de la mère Lusine. Saint-Maxent, 1883, in-8° , p.77
(2) BIBLIOGRAPHIE. - ...